Ressources en ligne des Archives départementales des Landes
14-18 Des affiches et des hommes

14-18 Des affiches et des hommes

14-18, Des affiches et des hommes

L’année 2014 a marqué le début du cycle du centenaire de la première guerre mondiale. Durant plus de quatre années, cette commémoration a permis à l’ensemble de la société française de redécouvrir les liens intimes qu’elle entretient avec son souvenir.

Les Archives départementales des Landes ont pris le relais des témoins et ont endossé le rôle de « passeurs » pour transmettre cette histoire aux générations futures. Ce conflit majeur est encore très présent dans l’espace public. Ce souvenir contribue à montrer notamment l’importance de la paix particulièrement auprès des plus jeunes.

L’exposition virtuelle regroupe des réalisations menées sur les dix dernières années. Elle est conçue en 3 colonnes permettant une identification simple des éléments présentés, à savoir :

  • la partie de gauche qui comprend les textes de l’exposition des Archives des Landes intitulée « 14-18 : des affiches et des hommes » ;
  • la partie centrale dans laquelle se trouvent les affiches numérisées de l’exposition. Il est possible de les consulter en pleine page après avoir cliqué dessus ;
  • la partie de droite comprenant des réalisations diverses autour du thème de la Grande Guerre :
  • un lien vers l’indexation collaborative sur le site internet des Archives départementales des Landes ;
  • un carnet de guerre numérique ;
  • des liens vers des projets éducatifs « Monumérique-Archimérique » menés entre 2008 et 2016 ;
  • un lien vers la mallette pédagogique sur les régiments landais pendant la Grande Guerre ;
  • des vidéos de conférences ;
  • un QR code pour accéder à l’application « J’ai Vu la Grande Guerre » réalisée par l’Atelier Canopé 40 ;
  • des ressources pédagogiques (livrets pédagogiques, lexique, liste de sources, cartable numérique,…) ;
  • un film sur une pièce de théâtre intitulée « Sculpte ma mémoire » ;
  • une vidéo avec des images stéréoscopiques à regarder avec des lunettes 3D.

L'entrée en guerre

L'entrée en guerre

FRAD040_Entrée 2501_2_extrait.jpg

En 1914, les grandes puissances européennes forment deux alliances militaires :

  • la Triple-Alliance : Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie ;
  • la Triple-Entente : France, Royaume-Uni et Russie.

L’Allemagne veut étendre sa domination sur l’Europe centrale. La Russie veut imposer l’hégémonie slave jusqu’à l’Adriatique. La France veut recouvrer les « provinces perdues » (Alsace et Lorraine) et prendre sa revanche après la défaite de 1870. Le Royaume-Uni veut contrer les visées expansionnistes de l’Allemagne en Europe.

Le 28 juin 1914, l’assassinat à Sarajevo de l’héritier de l’Empire austro-hongrois par un serbe déclenche par le mécanisme des alliances la première guerre mondiale.

Le dimanche 2 août 1914, est placardé dans toutes les communes françaises l’ordre de mobilisation générale. La France mobilise tous les hommes valides de 20 à 48 ans, environ.

L’année 1914 est celle de la « guerre de mouvement ». Ce sont cinq mois d’efforts physiques exténuants, souvent sans sommeil sous les feux de l’artillerie et des mitrailleuses et aussi ceux des pertes les plus lourdes de la guerre. A l’ouest, les Allemands envahissent la Belgique et le nord de la France. Ils sont arrêtés à la bataille de la Marne, en septembre 1914, puis jusqu’en décembre, c’est la « course à la mer » : le front s’étire de la frontière suisse jusqu’à la mer du Nord sur plus de 700 kilomètres.

En 1915, la guerre s’enlise : elle sera longue. Un immense « terrier » à ciel ouvert étend ses tranchées parallèles sur des centaines de kilomètres.

Les soldats des deux camps s’installent face à face, séparés par un no man’s land, où sont installés des obstacles mortels en tout genre : pieux, fils de fer barbelés, pièges...

L’équipement est adapté à cette guerre : dès le mois d’avril 1915, le pantalon rouge garance du fantassin est remplacé par une tenue bleu horizon et le képi par un casque en acier.

Les grenades, les mitrailleuses, les canons et mortiers de tout calibre deviennent les armes essentielles du combat. Dès 1915, les Allemands expérimentent les gaz qui ajoutent une nouvelle horreur à la guerre.

Pour le « poilu », à une vie quotidienne difficile (alimentation parfois insuffisante, pluie, froid, boue, rats, poux…), et aux épidémies s’ajoute l’atrocité des combats.

Dans la zone du front, l’afflux des blessés est tel que l’on choisit de soigner prioritairement ceux qui pourront repartir au combat.

A l’arrière, dans les hôpitaux de campagne, des chirurgiens débordés opèrent en continu. Mutilés et « gueules cassées » se comptent par milliers. Les femmes et les vieillards, restés seuls avec les enfants, se battent quotidiennement pour la vie, dans la douleur de la séparation ou du deuil.

Les populations civiles participent à l’effort de guerre : fermes, usines et ateliers travaillent pour les besoins de l’armée.


Commentaire des documents

Document 1 : Instituée par la loi de 1905, la conscription fait reposer la défense de la France sur tous les hommes valides de 20 à 48 ans. Après un service militaire de trois ans (loi de 1913), ils deviennent « réservistes », puis « territoriaux ». La mobilisation générale appelle tous ces hommes à rejoindre leur régiment en quelques jours, de façon échelonnée à partir du 2 août 1914. L’armée française compte alors 4 622 000 hommes, dont environ 20% de jeunes (20-25 ans), 50% de réservistes (25-35 ans) et 30% de territoriaux (35-48 ans).

Document 2 : Dans les Landes, si les hommes sont incorporés majoritairement dans l’Armée de terre, quelques-uns rejoignent cependant la Marine, qui est appelée à jouer un rôle croissant dans la guerre : contrôle des routes maritimes et expéditions (par exemple à Salonique).

Document 3 : Au cours de la guerre, les moyens de transport sont réquisitionnés selon les dispositions arrêtées après la guerre de 1870 et maintenues après 1918, comme le montre cette affiche. La traction animale prédomine pour la logistique et, parmi les véhicules d’attelage recensés, deux charrettes landaises se remarquent.

Document 4 : La nécessité du ravitaillement est d’autant plus grande que la perspective d’une guerre courte est abandonnée au cours de l’année 1915 : il faut alors prévoir sur la durée la subsistance de tous les soldats. Les taxes ont pour but d’éviter l’envolée des prix. Le contrôle de la circulation des marchandises doit empêcher leur évasion vers d’autres départements et donc assurer le ravitaillement de la population locale. Ce sont autant de mesures qui permettent de soulager l’appétit de l’arrière sans toutefois parvenir à éviter l’envolée des prix.

Document 6 : Dès 1914, est instaurée la « Journée du poilu », qui a lieu le 1er novembre et le 25 décembre, dates fortement symboliques (Toussaint et Noël), dans le but de sensibiliser les civils aux problèmes rencontrés sur le front et de récolter des fonds indispensables pour poursuivre les combats. La participation financière à cette journée, organisée à l’initiative du Parlement, donne lieu à la remise d’une médaille représentée en haut de l’affiche, tandis que la référence à Léon Gambetta rappelle le siège de Paris de 1870. Deux soldats, portant le fameux pantalon rouge garance et le képi mou, sont l’un en position de combat et l’autre en train d’ouvrir un précieux colis venu de l’arrière. Très vite après le début du conflit, le terme « poilu » est employé pour désigner le combattant, père, mari, frère… qui se sacrifie pour les civils de l’arrière.

Zoom sur...Sont partis de Mont-de-Marsan en août 1914 :
  • 3400 hommes du 34ème Régiment d’infanterie (appelés de 20 ans) ;
  • 2500 hommes du 234ème RI (réservistes) ;
  • 3400 hommes du 141ème RIT (territoriaux).
Soit 9300 hommes.
1. « Ordre de mobilisation générale » 2 août 1914. AD 40, entrée 26632. « Recrutement de l’armée de mer, incorporation des jeunes soldats dans les équipages de la flotte »,1914. AD 40, R 633. « Tableau indiquant les catégories des véhicules et des bâts devant être recensés ». Ministère de la Guerre. [post 1921]. AD 40, RS 7214. « Circulation des haricots et des pommes-de-terre » : arrêté préfectoral, 9 octobre 1918. AD 40, RS 7255. « Tableau des objets recueillis sur les corps des militaires qui n’ont pu être identifiés». Ministère des Pensions. s.d. AD 40, 4 AFFI 1566. « La Journée du Poilu. 31 octobre – 1er novembre ». Jonas. [1914]. AD 40, entrée 26637. « Taisez-vous ! Méfiez-vous ! Les oreilles ennemies vous écoutent ». 28 octobre 1915. AD 40, 7 AFFI 15

La guerre totale

La guerre totale

FRAD040_Entrée 2663-2_extrait.jpg

En 1916, pour en finir avec cette guerre qui s’enlise, l’Allemagne veut « saigner à blanc » l’armée française : c’est Verdun, citadelle entourée d’une ceinture de forts.

Le 21 février, après un effroyable bombardement, les Allemands attaquent et prennent en quatre jours le fort de Douaumont. Le fort de Vaux tombe à son tour le 6 juin ; les autres forts résistent mais les assauts lancés pour reprendre Douaumont n’aboutissent qu’après plusieurs échecs sanglants.

A tour de rôle, presque tous les régiments de l’armée française passent dans la fournaise de Verdun, qui devient le symbole de la résistance à l’invasion, puis des horreurs de la Grande Guerre. Simultanément, pour desserrer l’étau, les troupes francobritanniques livrent à l’ouest en vain la bataille de la Somme.

En 1917, le front est revenu sur les positions initiales et c’est au tour des Français d’imaginer qu’ils vont pouvoir « obtenir la rupture », d’autant que les Etats-Unis sont entrés en guerre. Le 16 avril, sur le Chemin des Dames est lancée une offensive française qui doit obtenir la décision en quarante-huit heures. La bataille dure des semaines, sans la moindre avancée significative, malgré le sacrifice de nombreux régiments, notamment dans le secteur de Craonne.

Pour le pays, le prix payé est énorme et l’on craint qu’il ne devienne intolérable. On assiste à quelques mouvements de soldats qui demandent à ne pas être considérés comme de la « chair à canon ».

L’absence des deux tiers des hommes entraîne des mutations dans la société et désorganise l’économie. La structure familiale ainsi que l’effort de production reposent entièrement sur les femmes et les « vieux ».

En 1918, la « paix séparée » conclue par la Russie laisse à l’Allemagne toutes ses forces pour attaquer en France. Le 21 mars, est déclenchée une offensive qui, en deux mois, amène les Allemands à quelques kilomètres de Paris. Le 18 juillet, à partir de la Marne, les Alliés lancent une série de contre attaques qui mènent à la victoire. Le 11 novembre 1918, quand l’Armistice est signé, la ligne de front n’a quasiment pas dépassé les frontières de 1871.

Cet ultime sursaut a mis à l’épreuve le moral du pays que la Nation s’efforce d’entretenir par tous les moyens. A la fin de l’année 1918, la France est à bout de forces et ses hommes restent sous les armes pour plusieurs mois encore.


Commentaire des documents

Document 1 : Les pigeons jouent un rôle essentiel pour les transmissions à longue distance : le message est inséré dans un petit tube attaché à la patte et le pigeon revient à son pigeonnier. Le plus célèbre est le dernier pigeon envoyé par le commandant Raynal avant la chute du fort de Vaux, le 6 juin 1916, et parvenu à destination à travers les combats et les gaz ; il a été décoré de la Croix de Guerre.

Document 3 : La loi du 27 juillet 1917 institue les « pupilles de la Nation ». Elle accorde aux orphelins sans soutien de famille le secours matériel et moral de l’Etat, sous la forme d’une pension jusqu’à leur majorité. Dans chaque département l’aide dispensée dépend de l’office des Pupilles de la Nation, présidé de droit par le préfet. Ses ressources sont constituées par des dons, des subventions des collectivités locales et des crédits votés par le Parlement. A la fin du conflit il y a en France 600 000 orphelins du fait de la guerre, dont plusieurs milliers pour les Landes. L’affiche est l’oeuvre d’un élève de 12 ans de l’école Daumesnil, à Paris, elle rappelle la dette de la Patrie envers les orphelins de guerre, depuis la Révolution.

Document 4 : En 1918, devant l’échec de son offensive de printemps et voyant le succès de la contreattaque des Alliés lancée à partir de la Marne, l’Allemagne tente d’obtenir, avant qu’il ne soit trop tard, une « paix blanche » : la fin de la guerre sans vainqueur ni vaincu. Les associations patriotiques mettent en garde la population contre la tentation d’en finir, quitte à ne pas obtenir une victoire totale ; elles exigent une capitulation sans condition.

Documents 5,6,7 : La sensibilisation au conflit passe par la « mobilisation » de tous les civils. Les enfants ne sont pas oubliés. Au début de 1918, le ministre de l’Enseignement lance un concours de dessin adressé aux élèves âgés de 11 à 16 ans, pour la création d’affichettes sur le thème des restrictions. Le message est chaque fois clairement exprimé : de petites privations au quotidien permettent le partage, en particulier au bénéfice des combattants. L’image de la guerre est totalement absente dans chacune de ces affiches, seul le slogan rappelle que la mobilisation de l’économie et de la société est nécessaire pour soutenir l’effort de guerre.

Zoom sur...Parmi les Landais du 34ème RI à Verdun, devant Douaumont, se trouve un jeune artiste, Marcel Canguillem ; il est blessé au bas droit, soigné par l’aumônier, l’abbé Bordes, et renvoyé à la caserne Bosquet. Une fois rétabli, il repart à la guerre dans l’armée d’Orient où, de nouveau blessé, il perd définitivement son bras droit et continue à dessiner et sculpter sous le nom de Cel le Gaucher.
1. « Avis : Protection des pigeons voyageurs ». Ministère de la Guerre. 1917. AD 40, R 592. « Concert spirituel offert par Francis Planté, le mardi 3 juillet 1917, au profit du convoi landais d’ambulances automobiles ». AD 40, 68 J 593. « Manifestation nationale en l’honneur des Pupilles de la Nation ». M. de Beuryes, Office national des Pupilles de la Nation. 1919. AD 40, entrée 26634. « On ne passe pas ! 1914-1918 ». Maurice Neumont. Union des grandes associations françaises contre la propagande ennemie. 1918. AD 40, entrée 26635. « Ne pas gaspiller le pain est notre devoir ». École communale de l’avenue Drumont, à Paris. 1918. AD 40, entrée 26636. « Casse aujourd’hui ton sucre en deux pour en avoir demain ». Yvonne Colas, élève de 15 ans à l’école communale de la rue Sorbier, à Paris. 1918. AD 40, entrée 26637. « Fumeurs de l’arrière économisez le tabac pour que nos soldats n’en manquent pas ». Andrée Ménard, élève de l’école communale boulevard Péreire, Paris. 1918. AD 40, AFFI 253

Le prix payé

Le prix payé

FRAD040_Entrée 2501_1_extrait.jpg

En 1919, les armées françaises ont avancé jusqu'à la frontière d'avant 1870. Les hommes restent mobilisés pour imposer à l'Allemagne, en pleine décomposition politique, les conditions de la paix. Le premier traité de paix est signé, avec l'Allemagne, à Versailles, le 28 juin 1919 ; le dernier est signé le 12 novembre 1920 avec l'Empire ottoman.

Pour le pays, le prix payé pour cette " victoire " est colossal.

En France, le conflit a fait 1 390 000 morts, à raison de 1000 morts par jour en moyenne, 800 000 veuves, 1 000 000 d'orphelins et 3 500 000 blessés. 50 % des instituteurs, 80 % des séminaristes, 346 normaliens supérieurs, 893 polytechniciens, 576 écrivains ont disparu dans la tourmente. Pour le pays, depuis longtemps en dénatalité, le déficit humain s'accroît dramatiquement et la population vieillit.

Les combats se sont entièrement déroulés sur le territoire français : sur plus de 700 kilomètres de front et sur une largeur de plusieurs dizaines de kilomètres, les villes et villages sont détruits, les usines inutilisables, les terres polluées par les projectiles en tout genre. Pour sa reconstruction, la France compte sur le tribut à verser par l'Allemagne, les " réparations " ; c'est une source potentielle de rancoeurs et de tensions.

A l'issue du conflit, la France est entrée dans le XXème siècle et une nouvelle société est apparue. Le brassage humain occasionné par la guerre génère parfois la remise en cause des rapports sociaux traditionnellement établis ; à leur retour, certains hommes contestent l'ordre social séculaire, en particulier la relation entre propriétaires terriens et exploitants. Des femmes qui ont souvent assumé seules le fonctionnement de la famille et de l'économie, aspirent désormais à jouer un rôle dans la Nation. La guerre, en développant l'appareil industriel du pays, a aussi accéléré le transfert de la puissance financière d'une oligarchie rurale vers la bourgeoisie industrielle.

Le traumatisme moral est profond et durable. Le 23 janvier 1920, les restes d'un soldat " inconnu " sont déposés à Paris, sous l'Arc de Triomphe. Partout, jusqu'au plus petit village, des monuments aux morts sont érigés pour conserver la mémoire du conflit.


Commentaire des documents

Document 1 : La guerre s’est entièrement déroulée sur le territoire français (dans ses frontières de 1870) et des provinces entières ont subi une occupation très dure : le Nord, la Champagne et la Lorraine. Après leur libération le Secours national, qui depuis 1914 organisait quêtes et collectes au profit des poilus, lance alors avec l’appui du gouvernement une journée de solidarité. L’affiche illustre à la fois les dévastations de la guerre et l’espoir d’un monde où la nature commence à renaître au pied des tombes, parmi les barbelés, au soleil de la liberté.

Document 3 : Dès 1918, alors que la France a été « saignée à blanc », l’incitation à préparer le service militaire associe l’image d’une jeunesse athlétique à celles des ruines, de la reconstruction économique et, surtout, des poilus marchant énergiquement vers le combat.

Document 4 : Durant toute la guerre, Francis Planté, pianiste-interprète de renommée internationale retiré à Mont-de-Marsan, a organisé des actions au profit des poilus et des victimes de la guerre. Le 26 juin 1919, alors que les hommes ne sont pas encore revenus du front, la réalisation d’un monument aux morts destiné à conserver la mémoire de ce sacrifice d’une ampleur sans précédent est déjà en projet. Par la suite, dès 1921, presque toutes les communes de France érigent un tel monument.

Document 5 : Huit ans après la fin du conflit, la France n’a toujours pas pansé ses plaies et on fait appel avec insistance à la générosité du public. Cinq femmes en costumes régionaux, symbolisant l’ensemble de la France participent avec le sourire à l’effort financier.

Zoom sur...Le 29 juillet 1919, Mont-de-Marsan accueille dans la liesse ses régiments enfin revenus ; le maire Daraignez embrasse les trois drapeaux. Des 3400 hommes partis en 1914 avec le 34ème RI, 23 seulement reviennent avec lui. Dans les Landes, environ 12000 hommes sont morts au cours de cette guerre. Chaque ville, chaque village a payé un lourd tribut, par exemple :
  • 304 noms sur le monument aux morts de Mont-de-Marsan ;
  • 381 noms sur le monument aux morts de Dax ;
  • 93 noms sur le monument aux morts de Pissos.
Très vite, de nombreuses villes donnent à des rues et places le nom des artisans de la victoire, qu’ils soient militaires ou civils, Joffre, Clémenceau…, en témoignage d’une vive popularité. À Mont-de-Marsan, l’avenue sur laquelle s’ouvre la caserne Bosquet, casernement du 34e RI, reçoit le nom du Maréchal Foch, généralissime des armées alliées qui les a menées à la victoire, trois fois maréchal, de France, de Grande- Bretagne et de Pologne.
1. « Journée des régions libérées ». Théophile Steinlen. 1919. AD 40, 2 AFFI 6-a2. « Journée Nationale des Tuberculeux Anciens Militaires ». Levy Dhurmer. 1917. AD 40, entrée 26633. « Préparation de la jeunesse française au service militaire ». William Malherbe. 1918. AD 40, entrée 25014. « Concert offert par Francis Planté, le 26 juin 1919, au profit du monument des enfants de Mont-de-Marsan». AD 40, 68 J 595. « Comité National de la Contribution Volontaire ». Jean Droit. 1926. AD 40, 2 AFFI 29

Les emprunts

Les emprunts

FRAD040_2AFFI_8.jpg

La longueur de la guerre, que l’on avait prévue très brève, pose très vite le problème de son financement.

En juillet 1914, la situation financière de la France est difficile. Pour ne pas indisposer les classes moyennes et les rentiers, le gouvernement préfère augmenter les impôts indirects et non les impôts directs. L’impôt sur le revenu, voté en juillet 1914 mais levé seulement à partir du 1er janvier 1916, ne rapporte qu’un milliard de francs-or, alors que le budget de 1913 est environ de cinq milliards et que la guerre en coûte trente-huit en moyenne par an. Si l’on y ajoute le refus de trop employer la « planche à billets », génératrice d’inflation, on comprend que l’emprunt est le nerf de la guerre. Les principaux contributeurs visés sont les paysans, attachés à leur « bas de laine », épargne improductive. Le décret du 13 septembre 1914 crée les « bons de la Défense nationale » remboursables sur 3, 6, ou 12 mois et rapportant un intérêt de 5 %, payable à l’avance.

Dès l’année 1915, la guerre est totale et toutes les ressources sont mobilisées, humaines, matérielles et financières. Le 13 février, pour faire face aux dépenses militaires croissantes, des « obligations de la Défense nationale » sont émises.

L’Etat lance quatre grands emprunts, un chaque année entre 1915 et 1918, pour financer cet effort de guerre sans précédent. L’affiche devient le vecteur de propagande le plus efficace pour mobiliser les coeurs et les moyens financiers en faisant appel à l’esprit patriotique. En 1915, afin d’enrayer l’érosion des réserves en or qui menace d’atteindre la crédibilité du franc, une « campagne de l’or » est lancée. Elle permet de compenser les ventes de métal précieux qu’a faites la Banque de France.

Les 2e et 3e emprunts (1916 et 1917) ne rapportent, chacun, que 10 milliards, preuve, sans doute, que la coupure entre la société de l’arrière et le front est réelle. Au terme d’un intense effort de propagande, l’emprunt de la Libération, en 1918, rapporte 22 milliards. Mais, après la guerre le prix à payer pour faire face à l’endettement abyssal du pays est très lourd et pèse sur l’avenir.


Commentaire des documents

Document 1 : Pour les emprunts, plus qu’ailleurs, l’allégorie domine. En une scène dramatique, le coq gaulois - symbole de la Nation - qui est représenté sur la pièce d’or, s’en prend au soldat allemand dans un combat qui ne peut être que victorieux.

Document 2 : La célèbre affiche d’Abel Faivre donne à ce soldat une posture qui rappelle des compositions célèbres : « La Liberté guidant le peuple », tableau de Delacroix ou « La Marseillaise », bas-relief de Rude sur l’Arc de Triomphe. La formule « On les aura » rappelle la fin de l’ordre du jour qui lança la contre-attaque à Verdun en 1916.

Document 3 : En 1917, après trois ans de guerre, il faut relancer énergiquement les souscripteurs potentiels à l’emprunt, qui commencent à être gagnés par une certaine lassitude. Dans les Landes, l’appel qui est lancé par les forces vives du département rappelle les devoirs du patriotisme. La réunion de ces signataires signifie aussi de façon manifeste « l’Union sacrée » de forces qui étaient opposées avant la guerre : l’École, l’Église, l’État, les élus…

Document 4 : Dans une interprétation textuelle du slogan de l’affiche, une victoire guerrière reconnaissable à ses ailes, son casque et son épée, protège la Paix, symbolisée par une mère dont l’enfant cherche à saisir le rameau d’olivier. Il s’agit de souscrire pour offrir aux générations à venir la paix gagnée par l’épée du soldat.

Document 5 : Les nations victorieuses, symbolisées par leurs drapeaux, au premier rang desquels on reconnaît ceux de l’Italie, du Royaume- Uni, de la France et des Etats-Unis, ont fait plier l’Allemagne, représentée par son empereur dont l’épée brisée évoque la force armée anéantie.

Document 6 : Au premier plan, une mère de famille avec ses enfants dans un cadre fleuri, au second plan des images de restauration économique et de reconstruction, évoquent l’avenir d’une France qui a retrouvé la paix.

Zoom sur...Le Médecin major Defoug, médecin chef du 34e RI écrit à son épouse le 23 octobre 1914 depuis le front : "Tu peux prendre des bons du Trésor pour 1500 francs. L'Etat a besoin d'argent, il est du devoir de ceux qui en ont de disponible de le lui prêter."
1. « Pour la France versez votre or. L’or combat pour la Victoire ». Abel Faivre. Paris, 1915. AD 40, 2 AFFI 82. « On les aura », 2e emprunt de la Défense Nationale, « Souscrivez ». Abel Faivre, 1916. AD 40, 2 AFFI 103. « Appel aux Landais. Souscription au 3e emprunt de la Défense Nationale ». Mont-de-Marsan, [1917]. AD 40, 4 AFFI 1394. 3e emprunt de la Défense Nationale, « Souscrivez pour hâter la Paix par la Victoire ». Albert Besnard. 1917. AD 40, RS 7215. « L’emprunt de la libération ». Abel Faivre. [1918]. AD 40, 2 AFFI 316. « L’emprunt de la Paix ». Lebasque. 1920. AD 40, entrée 2663